— Mesdemoiselles, qu’est-ce que je vous sers?

Deux jeunes femmes se tournèrent alors vers Louis, puis se regardèrent et sourirent.

— Vas-y, j’ai pas encore décidé.
— Moi non plus, vas-y!
— Ah on a l’air belles, maintenant…
— Alors… Qu’est-ce que je vais prendre… Pas un café. Le café ça m’empêche de dormir… Votre chocolat chaud, il est liquide?
— Je vous demande pardon?
— Il est liquide ou en poudre?
— Il est… liquide…
— Ah.
— Moi, je pense que je vais prendre…
— Mais il est sans additifs, j’espère!
— Je suppose…
— Un jus d’oranges pressées!
— Ah, vous supposez…
— C’est noté. Et vous, alors?
— J’hésite.
— Entre quoi et quoi?
— Un chocolat chaud moyen ou un chocolat chaud grand…
— Pas facile.
— Je sais.
— Prends le moyen. Non, le grand! Non, le moyen!
— Oui, mais si c’est petit?
— Ils sont grands ou petits, vos moyens?
— Moyens, je dirais…
— Oui, j’avais compris! Mais moyen-petits ou moyen-grands?
— Entre les deux, madame.
— Ça n’aide pas.
— Prends un grand alors.
— Oui, mais si le grand est trop grand? Je vais jamais le finir…
— Au pire, tu le laisses…
— Ah ça, non! Le gaspillage tue la planète!
— Large. Puis c’est pas sympa pour monsieur, après il doit tout nettoyer…
— Ah! Je vous avais oublié, vous!
— On est désolées de vous embêter comme ça…
— Aucun problème.
— Bon alors… Disons que je vais prendre un chocolat chaud… Grand!
— C’est noté, merci!
— Oh et puis non. Un café allongé.
— Oui, t’as raison… Un allongé pour moi aussi.
— Ce sera tout?

Un silence

— Oui.
— On vous fera signe si on a besoin d’autre chose!
— Ah! Vous pouvez m’apporter une sucrette?
— Tu es complètement folle? C’est hyper cancérigène!
— Du sucre blanc alors…
— Pas naturel!
— Roux?
— Peut aller, mais c’est à éviter… Je suppose que vous n’avez pas du sirop d’agave?
— Non.
— Bon allez, soyons fous! Va pour du sucre roux!
— En sucre ou en morceaux, mademoiselle?
— En…
— Quel suspens!
— En morceaux! Non! En poudre! Comme ça je pourrai décider de la quantité que je veux mettre dans mon chocolat.
— Ton chocolat! Tu voulais pas un café?
— Ah si! Pardon! Oh… Tu crois qu’inconsciemment je voulais un chocolat?
— Je sais pas…

Profitant d’un silence, Louis s’empressa de clore la discussion.

— C’est parfait! Deux allongés et du sucre roux en poudre! Merci mesdemoiselles!

Une fois le serveur parti, Julia regarda son amie feuilleter le magazine qu’elle venait d’acheter. Après une journée de travail qui avait été particulièrement éprouvante, ces temps-ci c’était un horrible calvaire avec tous ces gens et ces hommes qui criaient, c’était un vrai soulagement de pouvoir passer ne serais-ce qu’une heure en sa compagnie. Même si elles ne se connaissaient pas vraiment, elles s’étaient rencontrées il y a quoi… un mois?, Julia sentait naître en elle depuis peu une sorte de chaleur très douce qu’elle aurait pu identifier plus clairement si elle avait eu les mots pour le faire et le courage d’y faire face. A la place, elle commenta une photo qu’elle trouvait vraiment très disgracieuse, quelle idée de s’habiller comme ça quand on n’a pas le corps pour?

Un article par

Maxime Pierluisi
Maxime Pierluisi
Glandeur à temps partiel, génie à plein temps. Aime passionnément David Bowie, Marcel Proust et les avocats.