Rien de nouveau sous le soleil d’Instagram, après la polémique du #FreeTheNipple ou «cachez ce sein que je ne saurai voir», la plateforme s’attaque aux dessins. Censures abusives, suppressions temporaires de comptes, sexisme, les plaintes fusent de toute part et les utilisateurs de l’application de partage de photos protestent.

Tétons exclusivement féminins, menstruations, photos d’allaitement, pilosité; selon l’intransigeant Instagram tout ces sujets sont considérés comme choquants, à bannir d’office. Depuis peu, l’Art est lui aussi devenu un motif de discorde sur l’application.

C’est le cas de Julian, artiste et propriétaire du compte Instagram @regardscoupables qui comptait 60 000 abonnés. Depuis plus d’un an, il partageait ses illustrations érotiques sur sa page. Le vendredi 29 juillet 2016, sans avoir reçu ni mise en demeure ni message particulier, Instagram désactive son compte. Lors des 3 semaines précédant cette désactivation, plusieurs de ses illustrations ont été reportées par des utilisateurs, jugeant leurs contenus comme pornographiques.

 

« Je propose une interprétation artistique du rapport entre les corps et de la sensualité de la Femme, pas de la pornographie»

 

Sur ses illustrations, seul le noir est utilisé en aplat ou en tracé régulier pour donner un résultat minimaliste et suggestif. Des dessins un brin érotique certes, mais tout sauf pornographiques et répréhensibles. «J’ai envoyé plusieurs mails à Instagram afin de leur expliquer qu’il ne s’agissait pas de photos pornographiques mais bien de l’expression graphique d’un artiste». Ces mails sont tous restés sans réponse. Au-delà de la censure purement artistique, c’est aussi la vie professionnelle de Julian a.k.a @regardscoupable qui a été altérée par cette coupure soudaine: son profil Instagram lui permettait de rester en contact direct avec ses 60 000 followers et lui a également offert la possibilité d’effectuer plusieurs collaboration avec des marques comme: Wasted, OnzeMetreCarré et WYYDE Magazine.

 

 

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Capture d’écran © regardscoupables

 

Le comble de cette histoire c’est que l’ensemble de son travail relié à son ancienne page a désormais disparu dans les méandres de l’application et est donc devenu libre de droit. Chaque jour, Julian est obligé de mener une véritable chasse aux sorcières pour vérifier que des personnes n’utilisent pas ses illustrations à des fins commerciales. Il a aujourd’hui créé un nouveau compte Instagram intitulé @regards_coupables et essaye de renouer avec son ancienne communauté de followers.

 

«Et le cas de Julian n’est malheureusement pas isolé»

 

Des artistes érotiques réputés sur Instagram comme @petitesluxures ou @NaroPinosa subissent eux aussi la censure de l’application. Occasionnellement, des utilisateurs reportent leurs photos et, parfois, leurs comptes sont censurés quelques jours. Mais jusqu’à aujourd’hui aucun d’eux n’avait été confronté à une censure définitive.

 

Illustration érotique © regardscoupables

 

Pourtant, si l’on s’intéresse de plus près aux conditions générales de l’application, il est strictement stipulé : « Il arrive parfois que des personnes veuillent partager des images de nudité à caractère artistique ou créatif(…) nous n’autorisons pas la nudité sur Instagram. La nudité dans les photos de peintures et de sculptures est également acceptable. » Des conditions très vagues et assez contradictoires. Peinture et sculpture sont considérées comme Art et donc autorisées, mais qu’en est-il des dessins? Silence radio sur la question. À ce jour, la seule explication fournie par Instagram au sujet de la censure provient de son PDG, Kevin Systrom. Ce dernier a justifié le pudibondisme de sa société lors d’une conférence organisée par Dazed Media et a assuré que la censure d’Instagram était due aux règles imposées par Apple. Il a affirmé que le service de partage de photos était «contraint d’interdire les attributs féminins» sous réserve d’être classé dans les applications 17ans et +.

Avec la censure, les contours et règles d’Instagram se dessinent peu à peu et sont vivement contestées. Après le hashtag de protestation #FreeTheNipple, il ne serait pas étonnant de voir apparaître son équivalent artistique: #FreeThePencil.

 

Un article par

Chloé Ambre MaurinJe jure solennellement que mes intentions sont mauvaises