« On a complètement oublié aujourd’hui que le cerveau est de loin la plus importante zone érogène ». Jackie Treehorn – The Big Lebowski
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Le porno est une affaire sérieuse; quoi qu’on en dise. Car après tout, nous parlons d’un medium qui à pour ambition de susciter le désir uniquement par la vue et l’ouïe. Au public, on ne peut lui faire sentir la sueur. Au public, on ne peut lui faire toucher une peau qui frissonne. Susciter l’excitation avec un tel handicap est un véritable art. Un art sensoriel. Noyés sous la masse de sexe-tape, d’éjaculation pleine face, de gros plan d’organes génitaux, de vidéos filmées à la va-vite dans un motel, nous avons oublié la noblesse de ce cinéma. Quel autre genre filmique a un tel désir de vouloir vous satisfaire? Le sexe est vieux comme le monde mais la manière de le filmer évolue constamment.
Le pantalon baissé jusqu’au mollet, le visage éclairé par la lumière de votre ordinateur, les mains déjà moites, vous ne réalisez pas le nombre de bonnes gens qui se démènent pour que vous puissiez jouir correctement. Je ne parle pas ici des « performer », mais de ceux qui ont pensé, écrit, réalisé, monté, l’objet. Des gens qui s’échinent à rechercher inlassablement la bonne combinaison d’image et de son. Celle qui vous fera prendre votre pied.
Ces gens là sont des artistes; surement plus talentueux que vous et moi. De là à vous dire que la pornographie est le domaine artistique à avoir démontré le plus d’audace et d’inventivité ces dix dernières années. Ouais. Même que je vais le prouver.
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Mais d’abord, mauvaise nouvelle: Le porno a déjà connu son âge d’or, et vous et moi sommes passés à côté. Je parle des Seventies. C’était l’époque de la libération sexuelle, des longues moustaches et du trauma-vietnamien. L’époque Boogie Night. Le sexe et l’érotisme étaient un monde à découvrir. Certains en ont faits une arme politique, d’autres un mode de vie, mais quelques génies de la trempe de Wakefield Poole ou de Gerard Damiano en ont fait du pure cinéma. Deepthroat, The Devil In Miss Jones, Debbie Does Dallas. Des classiques. La réalisation impeccable. L’écriture soignée. Même Variety et Roger Ebert en ont rédigé la critique. Tout les sexes et âges se pressaient au cinéma. Il s’y rendaient sans perversion aucune, mais pour savoir ce qui définissait l’érotisme. Et les artistes de l’époque savaient en parler mieux que quiconque. Plus encore que critique, le succès de ses films était commercial. Behind the Green Door à engendré des millions de dollars. En réponse, Hollywood, la puritaine, se résigna à fournir son ratio de chair nue dans ses productions. Sauf que là encore, l’humain a pêché à vouloir trop faire. Les années 80 et leurs grosses VHS ont inondé le marché. Les films n’étaient plus si soignés. Quantité contre qualité. Et bim, nous sommes en 2000 et internet apporte son coup de grâce : le porno amateur. La démocratisation de la sex-tape est un fléau. Quelle idée de confier à des amateurs le soin de nous exciter??

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Le porno, comme tout art sérieux, devrait être confié à une élite instruite et capable. Mais trop tard, monsieur-tout-le-monde filme maladroitement madame-tout-le-monde lui faire une fellation et cela semble convenir au public. Navrant. Le porno devait se réinventer. Les gros studio, comme Digital Playground, l’actuel mastodonte de l’industrie, ont tenté de vendre la pornographie comme un divertissement, en investissant des sommes colossales dans des productions dantesques, voir Pirates II: Stagnetti’s Revenge, où on baise, et on se bat, et on part à l’aventure et on baise encore. Des films qui tendent à vous crier « Le porno est un cinéma comme les autres mais avec des sexes masculins en érections». Erreur. Le porno ne divertit pas. Il stimule. Point barre.

Heureusement, LA NOUVELLE GARDE arrive. Et elle est sacrément bonne. Et comment on excite alors? Réponse facile: l’image tout d’abord. On est dans l’ère visuelle, même les yeux doivent bander. Le sexe sait maintenant qu’il est regardé. Toutes les éjaculations doivent se faire à l’extérieur. Les hommes doivent lever les genoux lors des levrettes pour ne rien cacher. La femme se contorsionne pour lancer des regards à la caméra. Une retouche maquillage par-ci, du faux sperme à rajouter au coin de la bouche par-là. Moteur. Action.

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• Comme pour faire aboutir l’idée d’artifice, certains artistes choisissent alors la voie de l’hyper-stylisation technique Prenez le studio américain X-art, spécialisé dans la nymphe à la peau de lait, et faites attention au cadrage et à la lumière. L’acte de masturbation devient poésie sous leur objectif. Musique discrète et silhouette en surexposition. On est dans le virginal, l’alliance du rose chair et du blanc. En arrière plan, des rideaux balancés dans le vent confirment la symbolique. L’homme pénètre la femme sans brutalité. La caméra est sur son visage, et guette les premiers signes de la jouissance. La réalisation est impeccable. En France, John B Root tente de les égaler ; Sans succès.

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• Nouvelle star du milieu: Erika Lust. Ancien étudiante de science-po et actuel reine du porno féministe. Chacune de ses vidéos  Lust Cinema  est une claque. Installée à Barcelone, elle explore le corps de la femme sans lubricité, et, dans un élégant clair-obscur, met en scène fessées et bondages en jouant sur la complicité des partenaires. Chez elle, on se rince l’œil et l’on apprend le découpage filmique.

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Les petits gars de chez Kink, se sont spécialisés dans le SM, et filment les pires dépravations dans des décors baroques, parfois lugubres, entourées de cages rouillées et autres machines moyenâgeuses. Les comédiens sont tous beaux et jeunes, l’apparence de l’innocence, et chaque vidéo commence et se conclue par une rapide interview. Ils partagent leurs appréhensions, leurs craintes. Le sexe est là présenté comme une expérience extrême, un univers que la plupart des gens n’à jamais véritablement exploré. Kink nous dit qu’il y a tout un monde à découvrir en bas de la ceinture.

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Star indiscutable du porno straight, James Deen s’aventure finalement derrière la caméra. Avec son allure de gendre idéal, il se traine depuis 2000 dans les productions Evil Angel avec nonchalance. Son dernier travail de mise en scène explore les sept péchés capitaux en sept scénettes complément conceptuelles et barrées. Il vient tout juste de quitter le circuit mainstream et est bien décidé d’utiliser sa notoriété pour financer les projets les plus artistiques

Mais l’esprit de l’être humain ne se limite pas à la simple contemplation de l’image, fixe ou en mouvement. Il souhaite donner un sens et une histoire à cette dite image. La perversion est toujours une affaire de contexte. La perversion est toujours une affaire de situation. Le nom des chaines porno à succès? Busted Babysitters, ou Fake Hospital, Fake Taxi, et surtout Moms Teach Sex. Des infirmiers qui baisent avec des patientes, des filles accostées au hasard dans la rue et trainées aussitôt dans un lit, une future mariée qui se tape le garçon d’honneur, des cousins qui brisent les tabous. Il y autant de situation qu’il y a d’obsédés. Le spectateur n’est pas dupe. Tout ça c’est de la poudre aux yeux. On sait que cette femme n’a plus 18 ans depuis longtemps, on sait que ce n’est pas sa belle-mère à qui il fait l’amour. Mais la magie opère. C’est ça le cinéma.

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Au jeux de la situation, le studio WoodRocket tient la dragée haute. Leurs « Porn Parody » s’échinent à détruire l’enfance de tout une génération. Voir deux personnes baiser ne vous excite plus? Mais si je vous dis que l’une des personnes est Superman et l’autre Vera de Scooby-doo? WoodRocket puise dans la culture populaire, et vous fait une version live de la fameuse règle 34 d’internet: If it exists, there is porn of it. Mieux encore, Pornhub viens de lancer un crowdfunding pour tourner un porno dans l’espace . Le sexe sera encore le même, mais la situation, elle, sera différente. Encore et toujours différente. Inépuisable. Tant que l’on créera du contexte.

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Comprenez qu’avec tous ça le porno ne vous a pas attendu pour devenir un objet culturel. Des actrices comme Stoya, Ovidie ou Judy Minx ont déjà théorisé dessus. Avec brio. Le réalisateur James Gunn, du récent Gardien de la Galaxie, a réalisé une série de vidéos satiriquement nommé  PG Porn , où il déclare aimer tout dans la pornographie excepté le sexe. HPG, notre meilleur baiseur français, a déjà plusieurs documentaires sur le sujet à son actif. Chuck « Fight Club » Palanhiuk a écrit une biographie fictive de Annabel Chong, qui a forniqué 251 fois en dix heures. Il y a du théâtre, il y a du cinéma, il a une littérature qui traite du porno. Le porno est pour tout le monde.

Et si vous souhaitez vous intéresser à un mouvement en constante mutation, c’est le bon cheval.  Alors, commencez à parler porno en société. Évoquez vos scènes préférées à table entre amis. Sachez reconnaitre les artistes là où ils se trouvent. Discutez, conversez, débattez. Rendez au porno ces lettres de noblesses. Ne soyez pas celui qui pêche par élitisme. Le porno est bien vivant; il ne se limite pas à votre chambre la nuit lorsque vous vous drapez de honte en vous caressant. Bon Dieu, parlez-en. Faites évoluer la chose. Soyez LA NOUVELLE GARDE du porno. Faut que ça baise.

Un article par

Arthur Kinski Terrier
Arthur Kinski Terrier
Les rédacteurs sont tous sages, à la Maison, lisez-les et ils se dévoileront
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