C’est un beau jour de Juillet. Il est 18h43 et je suis accoudé au bar ; bien vissé sur mon tabouret ; le nez collé à la tireuse à bière ; quelques minutes avant le premier rush. En face de moi, Chris et son shaker sont déjà aux affaires. Chris, c’est un nounours dans un corps de métalleux ; t-shirt Morbid Angel et toute barbe dehors. On dirait pas comme ça, mais au bout du 5e cocktail, tu comprendrais ce que j’veux dire, c’est un mec qui rate rien et surtout pas toi. Fâcheuse tendance, qu’il partage d’ailleurs avec toute son équipe de joyeux drilles du cocktail.

Toi aussi, tu veux le même chez toi ?

Toi aussi, tu veux le même chez toi ?

D’ailleurs, y’a pas moyen, j’ai dû goûter le dernier arrangé maison, à base de Gin, vieilli direct sur le bar, dans une bouteille de 4,5L qui te fait de l’œil et te fait comprendre que si t’en abuses, tu perdras les deux tiens. La bonne odeur de toast des croque-monsieur, pour le repas de l’équipe avant le service, me fait penser à la cuisine des colos de vacances. La bonne brasserie française traditionnelle, on a beau en entendre parler à longueur de temps, c’est quand on l’a sous les yeux, dans les narines et dans l’assiette, qu’on comprend de quel pays on vient.

– Ah bah t’es là poulet ?

– Evidemment que j’suis là ! Comment ça va bien ?!

C’est toujours la même rengaine avec Oliv’ – c’est le taulier ! – on dirait que je lui fais la surprise du siècle, quasiment un honneur qu’il a de me recevoir. C’est sûrement pour ça que je reviens, ou plutôt, c’est pour ça que tout le monde revient. Plus de deux ans qu’il hante le lieu, on pourrait penser qu’il aurait fait comme tous les patrons, venir ramasser la caisse deux fois par jour et puis se barrer ; mais non. Le Wood c’est son bébé, sa famille et il y tient. Dès qu’il peut, il met son nez au bar ; en cuisine ; en terrasse, avec un sourire à faire pâlir la mère Denis. Y’a qu’à voir quand un client vient lui avouer qu’il s’est régalé, la candeur et la joie sur un visage, ça trompe pas.

– J’te sers autre chose ?

Voilà qu’il repart de plus belle au bar.

– Non merci ça ira, je grignoterais bien quelque chose par contre, tu me conseilles quoi ?

– Rôti de bœuf et pomme au four, c’est parfait.

Et bah merde, il avait encore raison, c’était parfait. Comme j’aime pas trop avoir la pâteuse, bien obligé de redemander quelque chose, pour étancher ma soif. Un Basiline ? J’en ai pris suffisamment, pour qu’on croit que j’ai eu droit à une prescription du médecin. Hanky Panky ? Ouai ; frais ; original ; j’aurais bien l’impression d’être en été. Non, finalement ça sera un Old Fashioned, un bon classique de la maison, qui te pète à la gueule comme un bison 5 un soir de réveillon ; le cocktail pas pour les gamins et qui te fais prendre ton pied, parce que c’est ça que t’aimerais savoir faire aussi bien.

Old Fashioned ou Sour ? Un choix Woodien !

Old Fashioned ou Sour ? Un choix Woodien !

Ah, voilà un groupe qui arrive. Je compte plus le nombre d’anniversaires et de rassemblements que j’ai pu faire ici. Toujours une ambiance de dingue, tu sais pourquoi tu commences et pourquoi t’y finis, toujours un peu déçu que ça ne se change pas en boite de nuit. Alors tu reviens, encore et encore. Quand j’étais petit, je rêvais d’un QG, maintenant, j’ai juste envie d’emménager à côté.

– Tu rentres chez toi ?

– Non, j’y suis.

Le Wood
1, place Thorigny
75003 Paris

Un article par

Benjamin Missoffe
Benjamin Missoffe
Que fait un commercial dans les vins, champagnes et spiritueux de son temps libre ? Il vous fait partager sa passion des bars, restaurants et bonnes adresses et de cinéma à ses heures perdues.

J'espère pouvoir vous transmettre, mon amour autant que mon désamour, des bonnes comme des moins bonnes choses, qui me tomberont sous la plume ;)