La semaine dernière, j’étais vraiment très déprimé (il faut dire que je le suis vraiment très souvent.) J’étais coincé chez moi, coincé dehors, coincé dedans (il faut dire que je suis vraiment très coincé). Aucune sortie de prévue, aucune sortie possible (il faut dire que je ne sors pas vraiment beaucoup.)

Alors voilà, j’ai pour habitude de regarder des films quand je m’ennuie ou que je déprime vraiment. Avant, je regardais beaucoup de drames, de choses terribles et tristes et noir-gluant. Puis, ça doit faire une semaine ou deux, je crois, j’ai décidé de ne regarder que des choses joyeuses.

Mais quoi  ?

Vu que je suis un gros snob, je me disais «  Les comédies sont forcément mauvaises  !  Mais bon, pourquoi pas  ? Un bon rire pour un mauvais film  !  » Et j’ai découvert ce sous-genre très rare et très difficile à trouver  :

Les feel-good movies.

Alors, oui, je sais que je ne vous apprends rien. Tout le monde a un ou plusieurs films qui chassent le blues, tout le monde. Moi pas. Enfin jusqu’à y’a une semaine ou deux. J’ai cherché dans ma mémoire les films que j’aimais quand j’étais enfant, mais je ne voulais pas les revoir encore et encore et encore… Alors j’ai cherché dans ma mémoire quel était le dénominateur commun de tous ces films et j’ai trouvé ma porte d’entrée  :

Julie Andrews. Julie Andrews, c’est Mary Poppins, c’est bien sûr Maria von Trapp dans La Mélodie du Bonheur, mais c’est aussi… Millie Dillmount dans Thoroughly Modern Millie. Thoroughly Modern Millie, ou tout simplement Millie en français (ne regardez pas les films en VF, c’est un crime), c’est l’histoire d’une jeune fille de 1922 qui décide de dire adieu à sa vie bien rangée et polissée pour devenir à son tour, comme toutes les jeunes filles de 1922 d’ailleurs, une flapper. Flapper, qu’est-ce  ? Je vous entends trépigner intérieurement. Une flapper c’est une jeune fille moderne qui travaille, qui fume, qui danse, qui s’amuse et surtout, surtout, une jeune fille qui prend sa vie en main et qui décide de ne plus se laisser diriger par les règles rigides d’une société patriarcale qui l’étouffe. La flapper crée ses propres règles et vit par elles, sans se soucier des scandales et des sourcils froncés.

De nos jours, la plus connue des flappers reste la merveilleuse Louise Brooks, dont nous parlerons un jour j’espère… Mais revenons à notre film.

Millie va vivre des aventures propres à ces années 20  : sans soucis, sans sérieux, sans conséquences, sans penser au futur.

C’est peut-être ça qui me rend si heureux quand je repense à ce film  : pas de soucis, pas de conséquences, pas de futur angoissant, pas de responsabilités. C’est ça pour moi, un feel-good movie  : s’échapper du monde le temps d’un film. En fait, plus on s’éloigne de la réalité et surtout des règles qu’on s’impose à nous-même, plus on est heureux. C’est le rêve à l’état pur qui prend le pas sur la réalité. Puis, la réalité on en fait ce qu’on en veut, c’est une question de point de vue.

La question qui me vient à l’esprit c’est  : est-ce qu’on peut répliquer ces sensations de liberté dans la vie  ? Est-ce qu’on peut ignorer ce qui se passe autour, ce qui est grave et sanglant (surtout dans le monde d’aujourd’hui), est-ce qu’on peut esquiver les bords tranchants de la réalité et vivre sa vie en toute insouciance  en sifflant un peu? Honnêtement, j’adorerais. Et qui n’adorerait pas  ?

Est-ce qu’on ne peut pas faire un compromis entre l’horreur du réel et l’amour du rêve  ? Ce cynisme ambiant, cette glorification des mots qui tranchent au lieu de ceux qui apaisent, cet amour de la haine qui personnellement m’étouffe comme étouffaient les flappers, est-ce qu’en vivant de manière joyeuse (même en apparence)… est-ce que je ne peux pas les faire disparaître, toutes ces choses affreuses  ? Et si on est plusieurs à vivre comme ça, est-ce qu’on ne change pas le réel en quelque sorte  ? Est-ce qu’il est impossible d’être heureux en amour parce que les voisins se disputent  ?

Les films comme ça, moi, ça me permet de croire que tout peut aller bien. Alors oui, fiction  !, me direz-vous. Et oui, fiction. Mais est-ce que tout reportage d’information pure n’est pas fictionnalisé lui aussi  ? Est-ce qu’on ne montre pas un visage précis, un âge, un genre, une maison, une bombe, une tombe, est-ce qu’on ne montre pas tout ça pour convaincre les gens que c’est ça la réalité  ? Alors pourquoi pas croire qu’on pourrait être heureux nous aussi, insouciants nous aussi, tendres nous aussi, compatissants de même, gentils comme ces personnages de fiction  ?

Je ne veux pas vivre dans une société où la gentillesse devient une insulte ou un moyen de se moquer des autres. C’est à moi, à mon échelle, de changer ça je suppose  ? Celui qui blesse les autres s’inflige la pire plaie, j’en suis persuadé.

Alors, ivre de bonheur et avide de joie, j’ai continué ma quête de fiction heureuse et j’ai trouvé (avec difficulté, je l’avoue) un autre film du genre, une autre merveille. Et quelle merveille! The Boy Friend de Ken Russell avec, entre autre, Twiggy. Twiggy-Polly, assistante mal-aimée d’une troupe de théâtre, doit remplacer la « star » de la comédie musicale, bêtement blessée par un train à cause d’un problème de chaussure. Twiggy, connue pour être ce sublime mannequin aux grands yeux et aux fines longues jambes, la première topmodel, Twiggy qui chante, qui danse, qui joue, qui pleure, qui rit, pendant deux heures. Deux heures ou, même si j’étais allongé dans mon lit, j’ai vécu une nouvelle vie, une vie plus heureuse peut-être et sûrement plus irréelle. Mais disons adieu au réel anguleux, si vous le voulez bien. Disons adieu aux sentiments négatifs qui nous plombent. Dans un monde affreux comme le notre, soyons un peu plus bons que ce et ceux qui nous entourent  ! Au lieu de prendre exemple sur les cyniques qui réussissent à gâcher la vie, penchons-nous sur ces gens qui ont vécu il y a bientôt cent ans et qui ont fait de la joie un mode de vie. Ah! C’est peut-être idéaliste, c’est vrai, mais ce sont les idées qui transforment le monde, non?

Alors, qui est avec moi  ?

Bon, c’est pas tout mais ma vaisselle m’appelle. A défaut d’avoir pu trouver la scène que je cherchais, voilà un petit extrait de The Boy Friend avec Twiggy dans le rôle de Polly Browne et Christopher Gable dans le rôle de Tony Brockhurst, c’est tout aussi bien!  Ah, qu’elle est belle Twiggy et qu’elle est belle la réalité de la vie  !

Un article par

Maxime Pierluisi
Maxime Pierluisi
Glandeur à temps partiel, génie à plein temps. Aime passionnément David Bowie, Marcel Proust et les avocats.